La chèvre Cou Clair colore les troupeaux du Berry

Les pâturages de la Région Centre-Val de Loire ne seraient pas aussi charmants sans la présence d’originales bêtes à cornes bicolores qui les parsèment : les chèvres Cou Clair du Berry. Si cette race locale emblématique du cheptel caprin de la région a failli disparaitre au cours du siècle dernier, les chèvres Cou Clair sont désormais choyées par des éleveurs passionnés ou des particuliers réunis au sein d’une association qui veille à la préservation et à la reconnaissance de cette race ancestrale.

Dans le pays berrichon, traditionnellement marqué par l’importance de l’élevage caprin, on repère de loin les chèvres Cou Clair dans les champs à leurs couleurs marquées : le devant de leur corps est d’une teinte claire qui lui donne son nom, avec une petite « virgule » foncée sur les joues, tandis que l’arrière oscille entre le marron et le noir. « Elles mettent de la couleur dans mon troupeau d’alpines », sourit l'agricultrice Isabelle Genevier, qui compte deux-tiers de Cou Clair parmi les 170 chèvres laitières qu'elle élève depuis 2014 à Veuil dans l’Indre.

Ces chèvres rustiques font un lait de qualité d’après l’éleveuse, qui fabrique à la Ferme de la Fringale 120 000 fromages de chèvre labellisés Valençay et Selles-sur-Cher AOP chaque année. « On fait un fromage local avec une race locale », témoigne Isabelle Genevier. « Tout compte fait, les Cou Clair ne produisent pas moins de lait que les alpines. En tout cas pour une ferme fromagère comme la nôtre qui privilégie la qualité à la quantité, le potentiel laitier de la Cou Clair est suffisant ».

Originale et rustique

En plus de leurs caractères physiques et notamment de leur rusticité qui rendent ces chèvres parfaitement adaptées à leur région d'origine, les Cou Clair se distinguent aussi par leur caractère.
« Ce sont des chèvres très originales, raconte l’éleveuse. Je dirai qu’elles sont plus proches de l’homme que les autres. On sent qu’elles aiment le contact, elles viennent souvent se gratter contre nous et sont très curieuses ».
Ces chèvres sympathiques, qui peuvent avoir le poil ras ou long, sont de nos jours considérées comme une race folklorique, que s’attache à faire reconnaitre les passionnés de la très active ARCCB. Cette Association pour le Renouveau de la Cou Clair du Berry réunit des éleveurs amateurs ou professionnels qui multiplient les actions pour faire reconnaitre la Cou Clair comme une race spécifique afin d’aider à sa préservation.

« C’est LA chèvre du Berry »

Malgré son fort ancrage local, la Cou Clair n’est en effet pas passée loin de la disparition. Mentionnée dans le Berry au moins depuis les années 1900, elle était alors souvent appelée « chèvre mantelée ». Puis cette race locale fut un peu délaissée dans la seconde moitié du XXe siècle, notamment à partir des années 60, au profit de chèvres donnant plus de lait. Elle connait heureusement un regain d’intérêt quant à sa préservation ces dernières années. Selon l'Union pour les Ressources Génétiques du Centre-Val de Loire, environ 600 chèvres possèdent actuellement du patrimoine génétique Cou Clair.

D’après ses promoteurs, les origines de la Cou Clair dans les cheptels berrichons tient à un travail qui s’est étalé pendant des siècles. Certains en font même remonter les origines depuis la bataille dite de Poitiers, qui stoppa en 732 au nord du Poitou une incursion arabo-berbère venue d’Andalousie. « Les Arabes ont laissé leurs chèvres après la défaite, explique Isabelle Genevier. Les gens d’ici les ont alors gardées et adaptées à leurs besoins. En les croisant avec d’autres races, notamment des alpines, ils les ont adaptées au secteur. C’est devenu depuis LA chèvre du Berry ».

Crédit photo : La ferme de la Fringale.

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